Témoignage

Histoire de Laurence (1)

(le 01.10.2004)

 

'écris ce texte à la demande de mon mari, qui le lira. J'ai 39 ans, lui 43. Nous habitons Paris, avons un garçon de 4 ans et une petite fille de deux ans. Je ne sais pas comment raconter ce qui nous est arrivé. Je vais essayer d'ordonner mes idées.

A 19 ANS, J'AI EU UNE HISTOIRE DOULOUREUSE avec un homme qui avait dix ans de plus que moi. J'avais aimé la manière franche dont il m'avait abordée, son assurance, et sa délicatesse : ça changeait des étudiants que je côtoyais, rouges de confusion quand ils parlaient à une fille, mais qui voulaient ensuite coucher dès le premier soir.
Lui, il a attendu que je sois en confiance, et c'est lui qui m'a fait découvrir le plaisir physique. J'avais eu quatre amants avant lui, mais sans jamais connaître l'orgasme. J'ai immédiatement cassé avec mon petit copain de l'époque. Pour la première fois, j'avais l'impression de vivre une histoire adulte. Il m'a appris à m'habiller en femme, à mettre mon corps en valeur, il me parlait comme à une femme. Il m'emmenait dîner au restaurant, ou le week-end dans des hôtels en Normandie. Il m'a appris aussi le sexe : mon premier orgasme, ma première pipe, ma première sodomie, mes premières photos nue. Il me disait que je devais progressivement vaincre mes tabous pour éprouver encore plus de plaisir. Et moi, j'avais peur de passer pour une gourde par rapport aux femmes de son âge qu'il avait l'habitude de fréquenter. Alors, je le suivais dans ses jeux sexuels : les liens, le godemichet, les dessous sexy, les mots crus pendant l'amour, un peu d'exhibition aussi, avec des tenues provocantes. D'une part, j'avais confiance en lui, alors je me laissais guider. Et c'est vrai que j'éprouvais de plus en plus de plaisir.
Du coup, j'ai tout confondu, le plaisir et les sentiments. Je lui ai dit que je l'aimais. Cette histoire a fini par provoquer un clash avec mes parents, car je dormais de plus en plus souvent chez lui. Un jour, j'ai eu une grosse engueulade avec mon père, j'ai fait ma valise et suis partie vivre chez lui. C'est là où nos rapports ont commencé à changer, sans que j'en prenne conscience sur le moment. Il est devenu de plus en plus dominateur. Et moi j'acceptais ce qu'il me demandait, parce que j'y trouvais du plaisir, mais aussi parce que je me retrouvais dans une sorte de dépendance vis-à-vis de lui. Une dépendance physique, affective, financière. Je vivais chez lui. J'avais rompu les ponts avec ma famille, et aussi avec mes amis de fac, que je trouvais puérils comparés à lui. Comme il sortait souvent et voulait que je l'accompagne, j'ai aussi perdu pieds avec mes études. J'ai raté mes examens de deuxième année. Je ne me suis même pas présentée à la session de septembre. Ce n'était pas la peine : nous étions partis en vacances ensemble en août. Et je ne me suis pas réinscrite en fac à la rentrée. Il préférait que je travaille. Je suis devenue vendeuse dans une boutique de vêtements. Nous avons commencé à pratiquer l'échangisme. Il me disait qu'il fallait que j'apprenne à avoir du plaisir avec d'autres hommes, pour être totalement libérée. Je savais aussi qu'il me trompait.
Un jour, il m'a demandé de partir en week-end avec un de ses copains. Jusque là, j'avais tout accepté de lui, tous ses jeux sexuels. Là, j'ai dit non. J'avais l'impression de glisser sur la pente d'une forme de prostitution. Il m'a dit que j'étais une bourgeoise coincée, une gamine, et m'a mise dehors. J'ai passé dix jours dans un hôtel minable, avec mes valises. Puis, je suis revenue le voir en lui disant que j'étais d'accord pour faire tout ce qu'il me demanderait. Je pleurais. Je l'ai même supplié de me reprendre. Il m'a dit que c'était fini entre nous. J'ai appris après qu'il y avait une autre femme derrière tout ça.

J'ai mis longtemps à m'en remettre. Je sortais beaucoup, avec beaucoup d'hommes. Mais j'étais incapable d'avoir une relation suivie. Dès qu'un homme me plaisait vraiment, ou me donnait du plaisir, je m'en allais de peur de retomber dans la même dépendance qu'avec ce type qui avait profité de moi.
A la boutique, j'ai sympathisé avec une vendeuse, une vietnamienne, qui avait du succès avec les hommes et se faisait un peu entretenir par eux. Elle m'a expliqué que c'était facile d'avoir un homme, que la plupart des femmes étaient passives au lit alors que les hommes aimaient au contraire les femmes actives. Elle me disait qu'un homme, ça se tient par le sexe, que les hommes étaient plus vulnérables physiquement que les femmes avec leur sexe qui pend, qui est facile à prendre et sensible aux caresses. Elle m'a appris à ouvrir les jambes des hommes, à leur caresser l’anus, à faire des fellations particulières, à m'entraîner sur un godemichet, à contracter les muscles de mon vagin pour faire jouir un homme sans bouger.
A partir de ce moment, je me suis sentie plus forte dans mes relations avec les hommes. Quand un homme me plaisait, je prenais le contrôle de nos relations sexuelles, c'était moi qui lui faisait l’amour, à genoux sur lui. Et ça marchait !
J'ai vécu avec deux hommes. Le second travaillait dans l'informatique, qui était alors en plein boum. Il m'a payé une formation d'un an, et je suis devenue commerciale dans une société qui informatisait des PME. Ce travail me plaisait. Je gagnais bien ma vie. Et je m’offrais de temps en temps de courtes aventures où j'aimais changer de rôle : là, je n'étais plus active, mais au contraire complètement passive. Ca me plaisait.
J'ai rencontré mon futur mari en équipant la société dans laquelle il travaillait. J'ai compris tout de suite que c'était l'homme que j'attendais, même s'il était plus âgé que moi et marié. Je l'ai voulu et je l'ai eu, par le sexe, comme ma copine me l'avait appris.
Six mois plus tard, on vivait ensemble. Encore un an, et on se mariait. Je l'aimais, je l'aime encore. Et comme je ne voulais pas le perdre, j'ai vraiment tout fait pour lui donner plus de plaisir au lit qu'il n'en avait jamais eu. Ca me rassurait de le sentir dépendant de moi physiquement. Là, c'est moi qui lui ai appris à ouvrir les jambes, à se laisser caresser, à se laisser pénétrer l'anus, à ne pratiquer qu'une position en amour : lui dessous, moi dessus. Pendant l'amour, je lui faisais dire qu'il m'appartenait, qu'il était à moi.

 
   
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