Nouvelle

La première marche
(Flo)

(le 19.08.02)

Je suis chez K. Prête pour le grand saut dans l'inconnu. Si Marie, ma meilleure amie savait, elle dirait que je suis folle. Qui sait, je le suis peut-être.

J'ai connu K. dans l'agence où je travaille. Il y a bientôt un mois, il a poussé la porte comme le font tous les clients. Il y a un mois, une éternité. K. n'est pas spécialement beau. Il est même bien plus vieux que moi. Mais dès qu'il a ouvert la bouche, sa voix m'a électrisée. Un verre accepté à la fin de mon travail, une invitation au restaurant deux jours plus tard et ce qui devait arriver est arrivé. Nous sommes devenus amants.
C'est un très bon amant mais j'en ai connu d'autres avant lui. A 31 ans, sans attaches, indépendante financièrement, je croque la vie à pleines dents. Mais avec K, tout est très vite devenu différent. Les romanciers parlent de coup de foudre. Ici ce n'est pas le cas. Mais en quelques jours, K. a vampirisé mes pensées au point que je ne vis plus que pour les instants que nous passons ensemble.
La cassure s'est faite, il y a une semaine. Nous étions sortis, comme nous le faisions maintenant tous les deux jours. Une pizza avalée vite fait et nous nous sommes retrouvés chez lui pour faire l'amour. Après l'effort, K. aime bien prendre un whisky. Moi je suis plutôt jus de fruit.
Nous étions dans le canapé et K. a mis une cassette dans le magnétoscope. Histoire d'O, ce film doit bien avoir 25 ans. J'étais un peu gênée mais je n'ai pas osé protester. Tout au long de la projection K. est resté silencieux. Lorsque le mot fin s'est inscrit sur l'écran, K. a éteint le téléviseur et s'est tourné vers moi.
"Je veux que désormais tu sois O pour moi", ont été ses premiers mots.
J'ai voulu ouvrir la bouche pour exprimer ma révolte mais K. y a posé son index, m'intimant le silence. Pendant dix minutes, il m'a expliqué ce qu'étaient ses désirs, ses fantasmes, ce qu'il attendait de moi. Il m'a dit que j'étais libre d'accepter ou de refuser mais que dans ce cas, tout était fini entre nous. Abasourdie, il m'a reconduit à sa porte en me donnant ses premières instructions : rendez-vous ici dans une semaine, à telle heure, habillée de telle façon.
J'ai tenu 4 jours entre rage et désespoir. Puis je me suis mise à la recherche du chemisier blanc et des escarpins plats qui jusqu'à ce jour ne faisaient pas partie de ma garde robe.
Et maintenant je suis debout devant lui comme il l'a voulu. Il m'inspecte, tourne autour de moi comme on le ferait d'un objet. Je dois lever les bras et joindre mes mains derrière ma tête. K. est silencieux et moi je suis oppressée. Enfin, il me touche. Ses mains dégrafent mon chemisier. Je ne porte aucun sous-vêtement comme demandé. La main de K. est sur ma poitrine. Elle est sèche et chaude et rien que ce contact, sans que je comprenne vraiment pourquoi, me ferait chavirer.
Les caresses de K. deviennent plus brutales. Mes seins en font les frais. Un pincement plus fort m'a fait crier et quitter ma position de statue. Je reçois une gifle. C'est la première fois depuis bien longtemps que quelqu'un porte la main sur moi. K. m'ordonne de reprendre ma position. Je m'exécute et K. passe dans mon dos.
Maintenant une de ses mains prend possession de mon ventre. Aucun tissu n'est là pour l'arrêter. Le traitement dure de longues minutes. C'est monstrueux. Là debout, les bras relevés, caressée et martyrisée à la fois, je vais jouir. Je jouis...
Je me suis presque écroulée, balayée par la vague de plaisir. K. m'a retenue et me fait reprendre ma position. Il n'est pas satisfait de son élève. Elle ne doit se laisser aller que lorsqu'il l'ordonne et pour cette incartade je dois être punie.
K. prend un bout de plastique que je reconnais comme étant une vulgaire tapette à mouche. Il m'en assène quelques coups sur les cuisses. La douleur n'est pas excessive mais cela pince. Instinctivement, j'essaie d'échapper à la morsure mais K. veut que je reprenne ma position. Faisant abstraction de ce semblant de fouet, j'y arrive sans trop de difficulté. Les coups s'arrêtent et je peux enfin souffler.
K. me laisse ainsi debout quelques minutes. Mon maître profite pleinement du spectacle puis m'explique qu'il est temps de passer à la suite.
Pour commencer, je dois me déshabiller, ne garder tout simplement que mes escarpins. Gentille fille, je fais comme on me dit. Ce n'est pas très difficile. Je n'ai que ma jupe et mon chemisier à enlever.
K. ouvre le tiroir d'une commode et en sort plusieurs objets. Je lui tourne le dos mais je reconnais aisément un bruit métallique de chaîne. J'en suis moite. Il n'y a pas que des chaînes. Il y a aussi 4 bracelets en cuir qui très vite viennent prendre place sur mes poignets et mes chevilles. Le pire est à venir : un collier de chien ! Lorsque K. l'installe autour de mon cou, l'odeur du cuir neuf accentue mon trouble. Chacun de ces objets est doté d'un anneau métallique. Je ne me fais plus aucun doute de leur l'utilité. Un cadenas a déjà bloqué mes mains derrière mon dos.
K. me retourne et là j'ai un choc en me voyant, telle que je suis dans la grande glace d'une armoire. J'en tremble. K. me caresse, partout. Je sens la sueur couvrir mon corps. Lorsque K. s'en aperçoit, il se met à me frotter avec une grande serviette. Elle est douce et c'est une bénédiction. Mais cela ne dure pas.
Une des chaînes dont j'ai entendu le bruit il y a un instant est attachée au bracelet d'une de mes chevilles, passée dans l'anneau du collier et attachée à l'autre cheville. K. tire car la chaîne est courte. Cela m'oblige à prendre une position courbée. Une dernière chaîne, encore plus courte est aussi installée entre mes chevilles. Je ne peux plus écarter les jambes que de 30 cm. . Courbée comme je suis, mes seins sont comme attirés par le vide. J'ai un flash.
Mes parents tenaient une ferme dans la Manche. C'est un peu de cette façon que mon père obtenait la contention de ses vaches rétives à la traite. Une vache ! Une vache attachée, voilà ce que je suis devenue...
La cave ! J'ai entendu prononcer ce mot et la peur s'insinue d'un seul coup en moi. Je peux encore faire machine arrière. Lors de notre séance vidéo, K. m'a expliqué qu'il me suffit de dire non à tout moment pour que tout s'arrête. Je sais que le cadenas qui retient mes mains n'est que symbolique, sans difficulté j'ai la possibilité de me libérer des bracelets. Mais la cave dans mon esprit c'est un endroit froid, humide où la lumière ne doit entrer que parcimonieusement. J'ai peur.
Mais déjà K. m'en montre la direction. J'essaye d'avancer et bien sûr, entravée comme je suis, je perds l'équilibre. K. me rattrape, me remet d'aplomb. Tout d'un coup je sens une brûlure dans mon fondement. Mon maître vient de me pénétrer d'un doigt. Son exploration ne s'arrête pas là. Une partie de sa main est entrée par-devant. Je cherche ma respiration car, non content de m'investir, K. serre les doigts et me force à avancer à petits pas. L'escalier de la cave est abrupt et telle que je suis, le franchissement de chaque marche est une épreuve. La poigne de K. et la pression plus ou moins appuyée de ses doigts m'empêche de tomber. Petit à petit, la douleur a fait place à quelque chose d'autre et je me surprends, pour les dernières marches, à aller moi-même vers le déséquilibre pour mieux sentir l'étreinte de mon maître.
Nous sommes au sous-sol. K. n'a pas été dupe de mon manège. Je suis tout humide et K. rajoute à mon tourment en entreprenant de me masturber. Une minute de ce supplice et une seconde fois je suis au bord de l'explosion. Puis tout s'arrête. Le salaud ! La frustration que je ressens est terrible. Finalement je redescends sur terre.
La cave n'est pas si terrible que je le redoutais. Même si l'escalier est la seule ouverture vers l'extérieur, la pièce est bien éclairée grâce à de nombreux néons. C'est une grande pièce unique, aux murs de briques rouges, haute de plafond et aux poutres apparentes. Si du côté de l'escalier c'est un véritable capharnaüm, le reste est vide de tout détritus. Il y a même un semblant de moquette sur cette partie du sol. Il est évident que K. n'a jamais douté de mon acceptation et qu'il a préparé cet antre pour l'occasion.
Courbée comme je suis, je fatigue. Un moment j'ai pensé que K. s'en est rendu compte et que c'est pourquoi il me libère. Mais ce n'est que pour mieux me supplicier. Mes mains qui étaient attachées derrière mon dos, le sont à nouveau mais par-devant. Je vois flotter devant moi un grand crochet descendu du plafond. Il s'accroche au cadenas et d'un seul coup repart vers le haut. Petit à petit mes bras et l'ensemble de mon corps prennent la même direction. Tout mon poids repose sur la traction de mes poignets. Tout juste si j'arrive à me soulager en me tenant sur la pointe des pieds. J'ai mal dans tous les bras, aux épaules et je grogne. Le plaisir de l'instant précédent a fait place à la douleur.
K. me soulève une jambe, l'écarte et la pose sur un morceau de bois. Il fait de même pour l'autre. Cela soulage la tension de mes bras mais m'oblige à écarter les cuisses au maximum. Puis la traction vers le haut reprend insensiblement et avec elle la douleur. Etirée au maximum, je dois me tendre et me contracter au maximum pour ne pas perdre l'équilibre et rester suspendue à quelques centimètres du sol. Mes cuisses et le reste de mon corps sont pris de tremblements. Je ne vois plus K. Il est derrière moi et dans ma position je ne peux presque pas bouger.
Un parfum d'eucalyptus arrive à mes narines en même temps qu'une sensation froide sur la pointe de mes seins. Au début c'est plutôt agréable mais très vite cela me brûle. C'est intenable et j'essaye de me libérer. Un de mes pieds quitte son morceau de bois et je me retrouve dans le vide. J'en oublie presque la douleur de mes seins à tenter de retrouver un point d'appui. Quelques secondes, une éternité dans ma position, me sont nécessaires pour y arriver. C'est lorsque j'ai enfin repris la position que K. décide d'enduire mon bouton rose du même produit qu'il a mis sur mes seins. Trop c'est trop, la brûlure devient intenable : je hurle ! J'ai à nouveau perdu l'équilibre mais ce n'est rien pas rapport au feu qui dévore mon ventre et ma poitrine.
Mes cris s'arrêtent d'un seul coup. K. vient de m'obstruer la bouche en y introduisant une boule de caoutchouc munie d'une sangle de cuir qu'il attache derrière ma nuque. Mon tortionnaire a relâché la corde et je peux enfin poser mes pieds à terre. Mais l’incendie est toujours en moi et me dévore. Il faudra de longues minutes pour que cela devienne supportable.
K. parle. Sa voix est dure. Encore tétanisée, je ne comprends pas tout ce qu'il me dit. Je capte quelques brides : la prochaine fois, orties, correction, coups, compter jusqu'à 50...
Les coups commencent à s'abattre sur moi de façon régulière. Compter ! Je dois compter jusqu'à cinquante. Je n'ai pas bien compris au départ. Donc les premières frappes de la badine ne comptent pas. K. recommence et entravée par ma boule je tente d'articuler les chiffres. Supportable au début, la correction devient vite torture lorsque la règle de plastique repasse à plat pour le 3e ou 4e fois sur une fesse ou un sein. 30, 35, 40, je n'en peux plus. Je ne suis à bout. Les larmes m'aveuglent et la poire d'angoisse qui comble ma bouche m'empêche de déglutir. Je bave comme une chienne. Lorsque enfin la punition s'arrête, je suis rouge de partout et sans force.
K. relâche la corde d'un seul coup et je tombe sur le sol car mes jambes ne me retiennent plus. C'est à peine si je tente de résister lorsque K. écarte mes pieds pour y installer une tige en bois. Me voilà une nouvelle fois écartelée. Cette barre a aussi un anneau en son centre. Il permet à mon tourmenteur d'y passer le crochet de sa corde. Il tire et je suis à nouveau soulevée du sol. L'élévation s'arrête environ à 80 cm. Je flotte soutenue par mes mains et mes pieds. Le spectacle doit être étonnant. K. recommence à me caresser. Petit à petit une douce chaleur m'envahit. J'en oublierais presque ma position précaire. Puis, je sens ses mains qui se mettent à écarter mes deux globes fessiers. Non ! Il ne va pas oser ! Mais si, il ose. Je sens la pointe de son sexe qui s'appuie sur mon étroit passage. La poussée est régulière et mon dernier rempart cède. K. m'a sodomisée. Ce n'est pas la première fois que je subis un tel assaut mais les deux ou trois expériences que j'ai tentées en la matière ne m'ont jamais satisfaite. Mais là tout devient très vite différent. K. ne bouge pas. C'est moi qu'il fait bouger en me caressant à la fois les seins et mon bouton doré. La crème qu'il y a mis quelques minutes plus tôt n'est pas sans effet sur mes sensations. Mais maintenant les relents du picotement sont plutôt agréables. Tellement agréable que je finis par me tendre comme un arc emporté par une nouvelle vague de plaisir. Mon corps entièrement tétanisé est devenu dur comme un bloc de pierre. Maître K. n'est finalement pas si maître de lui. Ma réaction a eu raison de lui et malgré mon spasme je l'ai très bien senti se libérer en moi.

Plus tard

Deux heures que je suis rentrée. Je savoure la quiétude de mon bain tout en repensant à ma soirée. Folle, je suis vraiment folle d'avoir accepté ce que j'ai accepté. Traverser la moitié de la ville, nue sous ma jupe et mon chemisier, subir ce que j'ai subi. Terminé, je n'y retournerai pas. K. est aussi fou que moi. Et il veut que cela continue. Je sais que si j'accepte, nous irons encore plus loin dans la folie. Jamais. Et il veut que je boive deux litres d'eau avant notre prochain rendez-vous. Fou, je vous dis qu'il est fou. Je n'irai pas. Promis, juré ! ... Deux litres d'eau... il va falloir que je m'entraîne.

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